Yoga Chikitsa: la première série du Ashtanga

Yoga Chikitsa : la première série du Ashtanga

Vision générale

L’ Ashtanga Vinyasa est un système de pratique de postures (asanas) très structuré. 

Il est composé de trois séries qui, selon la tradition, doivent être exercées progressivement:
il faut maitriser la première pour passer à la deuximème et ainsi de suite. 

Dans les studios de yoga et même dans les formations de professeurs d’ Ashtanga, on n’a guèrre contact avec les séries intermediaire et avancée. J'ai toujours ressenti une atmosphère de mystère autour de ces deux séries - comme un lieu restreint, réservé aux “élites” du Ashtanga. Et cette impression ne parait pas si absurde quand on pense que, rien que pour maitriser la première série  peut prendre des années de sueur sur le tapis. 

Malgré qu’elle soit la plus "débutante" du Ashtanga, beaucoup des pratiquants avancés considèrent que la première série est aussi la plus difficile. Il faut que le yogi apprenne à jongler avec plusieurs aspects de la pratique: l’attention aux alignements, la concentration sur la respiration, la connexion entre le souffle et le mouvement, l’activation des bandhas, la maintenance d’un état mental de présence et d’équanimité. Et tout ça au même temps qu’il developpe la force et la souplesse du corps, qui parfois semble ne pas vouloir colaborer.

L'objectf

La première série du Ashtanga est appellée Yoga Chikitsa, ce qui en sanskrit veut dire "le traitement” ou "la cure” par le yoga. Son but est de faciliter la purification du corps et de l’esprit par la neutralisation de tous déséquilibres, l’élimination des toxines et des tensions acumulées. 

À force de performer la même séquence jour après jour, de plier le corps en avant et en arrière, de le tordre et retordre, et de le mettre à l’envers, on se débarasse de toute impureté dans l'organisme.

L'intensité physique de la pratique fait genérer une chaleur interieur, essentielle dans ce processus de désintoxication. Selon Shri K. Pattabhi Jois, le père du Ashtanga Vinyasa,la chaleur fludifie le sang qui entraine une meilleure circulation, ce qui aide à expulser les douleurs et maladies. La sueur qu’on voit tomber sur le tapis entre deux chaturangas est une bonne signe.

En plus du nettoyage de l’organisme, le mental aussi se purifie, grâce à l’exercice constant de la concentration sur les drishtis (points où le yogi doit fixer le regard en chaque posture) et sur la respiration. L’ effort continu de rester encré dans la pratique fait calmer le flottement de pensés et d’émotions. 

Cette cure complète déclanché par la Yoga Chikitsa prépare le yogi pour les deux séries suivantes. Celles-ci vont accentuer le travail sur le système nerveux et des couches énergétiques plus subtiles.

La séquence

En regardant la première série de près, on se rend compte que rien n’a été mis au hasard. Il y a une intelligence derrière la progréssion des postures, aussi bien sur l’anatomie du corps physique que sur l’anatomie subtil. On dit souvant que dans l’ Ashtanga, chaque posture nous prépare pour la suivante.

On commence par les salutations au soleil, qui activent nos principaux muscles et articulations et, au niveau énergétique, font travailler tous les cinq vayus et circuler le prana des pieds à la tête. 

Ensuite, la série de postures débout continue à stabiliser et adoucir le corps. Elle introduit l’ouverture des anches et les positions de torsion, abscentes dans les salutations ou soleil. Il y a aussi des postures d’équilibre, qui sont un rappel pour que le pratiquant reste bien concentré. 

On passe alors aux postures assises, qui sont en faite le cœur de la Yoga Chikitsa. 

Ici, on rémarque l'accent sur les fléxions avant. Ces positions ont un effect calmant et favorisent l'interiorisation de la conscience, car le corps se plie sur lui même. Elles stymules aussi les trois chakras du bas du corps, responsables de nos instincts, nos émotions et notre sentiment d’ identité. 

L’intelligence de la séquence est telle que les nombreuses fléxions avant sont à chaque fois équilibrées par la posture du chien tête en haut, une extension (cambrure en arrière) présente dans les vinyasas (les transitions entre postures).

Les postures assises comportent aussi des torsions profondes (marichyasana C et D), du travail ciblé sur la sangle abdominale (navasana), des équilibres sur le bras (kukkutasana, bhujapidasana), pas mal d’ouverture des hanches (kurmasana, upavishta konasana) et finalement la roue, une extension exigeante et vigoureuse.

La partie finale, qui commence par la chandelle, vient rabaisser le rythme de la pratique, avec plus de réspirations en chaque posture. Les inversions à la fin de la séquence font circuler le sang dans la partie haute du corps et font approfondir et alonger la respiration. On prépare ainsi le terrain pour le savasana, ce petit moment de doucer où on se sent récompensé par tout l’effort.

Thérapie du corps et de l’esprit

Tout le corps est donc solicité dans cette séquence. 

D’ après Pattabhi Jois, elle permet de garder l’organisme fort et sain, libre des douleurs, des tensions chroniques et des toxines. Je ne suis pas sûre quant au “libre des douleurs”, mais peut-être libre des mauvaises douleurs. Et dès qu’ on pratique avec beaucoup de conscience et avec une bonne guidance pour ne pas nous blaisser.

Et la performance physique est juste l’aspect exterieur de la pratique. Tout ceci est accompagné de l’élimination des obstacles mentaux, comme le manque de concentration, la faiblesse dans la volonté et les limitations que l'on s’infligent. Pour ma part, je peux dire que cette pratique aide à rester dans le présent, et à habiter entièrement son corps. On s’habitue aussi à s’observer de l’exterieur et prendre du recul vis à vis des pensés et émotions négatives. 

L’ expérience du Yoga Chikitsa est unique pour chaque personne et à chaque jour. Il peut arriver qu’on sente plus ou moins les effets thérapeutiques selon la séance. Il peut arriver aussi qu’on se sente plus ou moins motivé pour étaler le tapis et démarrer pour une bonne heure et demi de yoga. Connaitre l’intention derrière la première série est une toujours une motivation pour garder la consistence et l’éngagement dans la pratique. 

Namaste !

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