L’héroïne d’une épopée intérieur : mon expérience Vipassana

Dix jours, dix heures de méditation par jour. Interdiction totale de parler ou de communiquer par gestes. Interdiction de lire et d’écrire, de courir, sauter ou faire du yoga. Interdiction de manger après 17 heures. Oubliez internet, le téléphone ou toute forme de contact avec le monde extérieur. Ça, c’est un cours de méditation Vipassana.

Ce programme intense n’est pas que pour des initiés. N’ importe qui peut s’inscrire à un cours comme celui-là. Vous n’avez jamais médité de votre vie? Vous êtes le bienvenu. Et en plus, c’est gratuit, entièrement financé par des donations.

On nous apprend que le Vipassana était la technique de méditation enseignée par le Bouddha, avant même que ce qu’on appelle le Bouddhisme existe. Il s’agit d’une  technique universelle, qui n’appartient à aucune religion. Toute personne désirant explorer son être profond peut s’en servir. Il n’est même pas nécessaire de croire en Dieu ou à quelque divinité que ce soit. 

Aujourd’hui, cette technique de méditation est diffusée dans des centres Vipassana répartis dans le monde entier. C’est en France que j’ai pris mon premier cours, dans le centre Dhamma Mahi, en Bourgogne.

Quand je me suis inscrite aux cours de Vipassana, j’avais dejà une routine de méditation. Une demi-heure par jour, chez moi, pendant au moins une année. J’avais dejà beacoup progressé et la méditation me mettait dans un état d’esprit très agréable, un mélange de paix et de joie. Je sentais par contre qu’il fallait aller plus loin. La méditation ne sert pas uniquement à relâcher et s’épanouir. Son but est d’apprendre la vérité ultime sur soi-même et de parvenir à voir les choses comme elles sont. Ma pratique était encore superficielle et j’avais l’impression de me limiter à une zone de confort. D’ailleurs, je ne suivais pas de méthode. C’était une méditation un peu “freestyle”. Pour méditer plus profondément, il me fallait une orientation. C’est pour cela que je me suis intéressée à la technique Vipassana. 

Dans ce cours, on est là pour apprendre à méditer. C’est tout. On comprend vite qu’un code de discipline un peu “sectaire” est nécessaire pour accomplir ce but. Le silence total et la restriction des stimulations extérieures sont essentiels pour amener notre bruit mental à décroître. Dans le silence, on “n’entend” que nos pensées incessantes. On en arrive à une overdose de nous-même. Nous devenons finalement conscients de ce que se passe à l’intérieur et peu à peu, l’esprit se calme. 

Les trois premiers jours, on ne pratique pas encore la méditation Vipassana, qui exige un mental apaisé et une bonne capacité de concentration. On commence alors par une technique qui nous permet d’exercer la concentration – l’anapana. Ça veut dire qu’on passe trois jours à se concentrer uniquement sur la respiration. En fait, ce n’est même pas sur tout le mécanisme de la respiration, mais simplement la sensation du passage de l’air dans les narines quand on inspire et expire. C’est aussi spécifique que ça. 

Au bout de quelques minutes d’anapana, on s’aperçoit de son incapacité à se concentrer. Le mental est totalement désordonné. L’esprit se comporte comme un petit singe très agité, qui saute sans cesse d’arbre en arbre. Il s’avère alors très difficile de faire taire son bavardage mental. Mais il faut persister. De toute façon, on n’a pas le choix. On se trouve dans un centre de méditation au milieu des bois, sans rien d’autre à faire que fermer les yeux et méditer. Alors, on insiste. 

Chaque respiration sur laquelle on reste concentré est une petite victoire. Au fil des heures et des jours, on sent qu’on avance. Cette maîtrise graduelle de l’esprit donne une énorme satisfaction. On s’aperçoit que la rigueur dans le travail porte ses fruits, que la persévérance donne des résultats. Arrivée à ce stade, je me sentais comme Mulan en train de grimper au poteau. A chaque respiration, je montais un centimètre plus haut. J’étais devenue l’héroïne d’une épopée intérieure.

Mais le quatrième jour arrive… On passe enfin au Vipassana.

Dorénavant, il faut se concentrer sur les sensations du corps entier, partie par partie. D’ailleurs, la méthode introduit une grande nouveauté. On ajoute à la concentration un deuxième élément très important dans le Vipassana : l’équanimité. 

Être équanime, c’est ne créer ni attraction ni aversion par rapport à nos sensations. On reste complètement neutre devant une douleur ou un petit fourmillement agréable dans la nuque. On ne réagit jamais aux sensations, et surtout on ne les classifie pas comme bonnes ou mauvaises.

Pour mettre l’équanimité à l’épreuve, on nous demande de ne pas bouger pendant chaque heure de méditation qui passe. Si on a mal au dos, on observe la douleur et c’est tout. Si le pied démange, on s’aperçoit seulement de cette sensation et on reste immobile. 

Dans mon cas, l’équanimité quant aux sensations du corps n’a pas été le plus difficile. Ce qui m’est arrivé, c’est que je me sentais souvent très irritée pendant le cours, constamment de mauvaise humeur. Et cette irritabilité n’avait pas de cause objective : dans le centre Dhamma Mahi, tout est bien organisé, les logements sont confortables, la nourriture est savoureuse. Je n’avais rien ni personne à qui attribuer la cause de mon agacement. Et cela me frustrait. Je voulais donc me rebeller, ignorer la méthode et méditer “freestyle” comme je le faisais auparavant.

J’étais arrivée au point de penser l’irritation comme ma véritable nature, puisqu’elle faisait surface dans une situation où je n’avais besoin d’aucun filtre ou masque social. Je me sentais échouer dans l’exercice de l’équanimité, vu que l’irritation est loin d’être un état neutre.

Mais est arrivé le moment où j’ai trouvé la solution à ce grand problème : il fallait que je reste équanime quant au fait de me sentir irritée. Accepter mon irritation et ne pas la juger. Être équanime quant au fait de ne pas être équanime. Faire un “zoom out” sur l’objectif de l’équanimité. J’ai décidé d’appeler ça : “l’équanimité de deuxième degré”. À partir de là, tout a changé. La mauvaise humeur n’était plus au centre de mes pensées et ma méditation s’est beaucoup améliorée. 

Ces dix jours ont été comme des montagnes russes silencieuses. Au début, j’étais sceptique et remettais sans cesse la méthode en question. Je ne comprenais pas trop le pourquoi de son fonctionnement. Pourquoi cette technique-là à ce moment-là ? Pourquoi nous concentrer sur les narines ? POUR-QUOI-LES-P*-DES-NARINES ?!?! Ce n’est pas facile de s’abandonner à la méthode et suivre tout ce que l’on nous dit sans savoir ce qui nous attend dans les prochains jours. Mais quand on arrive vers la fin des dix jours, on s’aperçoit que la méthode est très bien construite. Toutes les étapes suivent une logique et une pédagogie irréprochables.

Est-ce que le cours a correspondu à mes attentes ? Eh bien, j’y suis allée pour améliorer ma méditation et c’est sûrement arrivé ! Par contre, je dois avouer une chose. J’avais quand même un espoir de vivre une petite expérience mystique, d’expérimenter la transcendance… et ça n’est pas arrivé. Je n’ai pas connu d’épiphanie ni compris l’origine et la raison de l’univers. Mais c’est logique : on n’atteint pas le nirvãna en dix jours. Et vous savez quoi ? Ça ne fait rien. J’ai fait un bon ménage dans mon mental, appris une tonne de choses sur moi-même et suis devenue plus forte après cette belle aventure d’introspection.

Si vous avez des questions ou voulez raconter votre propre experience, n’hésitez pas à laisser un commentaire !

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